Magic Leap : Quand la folie des grandeurs dépasse la réalité du marché

Magic Leap : Quand la folie des grandeurs dépasse la réalité du marché

Le mystère qui plane autour de la startup Magic Leap est à la hauteur de ses démonstrations incroyables laissant entrevoir une véritable révolution dans le domaine de la réalité virtuelle. Une estimation à 4,5 milliards de dollars, une levée record de plus d’un milliard, des investisseurs comme Google dans la poche, rien ne semblait en mesure d’entraver le succès de Magic Leap, véritable fabrique à rêve futuriste. Et pourtant…les promesses de Magic Leap ne seraient qu’un mirage dans un désert d’incrédulité. Un cas loin d’être isolé sur l’année 2016.

 

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La fabrique à rêve du futur

La combinaison du financement et du mystère ont alimenté la curiosité générale autour du cas de Magic Leap. Grâce à une technologie de réalité augmentée qui s’avérait très ambitieuse, Magic Leap a fait tourner toutes les têtes y compris celles des investisseurs. Sur la dernière vidéo publiée par l’entreprise, on pouvait ainsi observer des hologrammes de R2D2 et C3PO, notamment celui d’une baleine, jaillissant du sol et retombant dans une giclée d’eau, avec une précision telle, que l’on en viendrait à douter du réel. Seuls de rares privilégiés avaient eu accès à des démonstrations de sa technologie. C’est donc sans avoir sorti un seul produit depuis sa création que Magic Leap faisait rêver et grimper sa valorisation et ses levées.

Les investisseurs perçoivent avant tout les retombées potentielles de ces technologies capables de bouleverser notre futur. Elles devraient nous permettre de générer, transmettre, de personnaliser, d’agrandir, de découvrir, de partager, repartager et sur-partager des expériences. L’ambition suprême de Magic Leap (et des acteurs de la réalité virtuelle) serait de conduire au glissement de la consommation d’information vers la création d’un internet de l’expérience. Les acteurs qui s’emparent de la réalité virtuelle souhaiteraient créer un Wikipédia des expériences, disponible pour tous, en tout lieux et à toute heure. Quiconque étant en possession d’un dispositif de VR pourrait vivre des expériences de voyage très réalistes (marcher aux côtés des manifestants en Iran, participer au carnaval de Rio et bien plus encore) ou expérimenter des possibilités inédites (voyage sur Mars, voir battre son cœur en hologramme). C’est grâce à la promesse d’une technologie offrant une lunette sur un futur plus excitant, et plus riche en terme d’expérience que Magic Leap a pu bénéficier d’une couverture médiatique enthousiaste.

La limite de la stratégie du silence

Magic Leap semble imiter la stratégie d’Apple en terme de communication, à savoir distiller des informations au compte goutte afin de donner une visibilité accrue à la moindre rumeur tout en économisant de l’argent.

Or, selon The Information qui a pu tester les produits de Magic Leap, le mystère autour de la startup, loin d’être une simple stratégie de communication soigneusement orchestrée, s’apparenterait plus à une volonté de masquer à la fois un retard inquiétant sur le produit qu’elle avait promis et à la fois à une incapacité à miniaturiser sa technologie. Au lieu de présenter des lunettes fines, Magic Leap a dévoiler un casque truffé de fils et des projections d’images floues et tremblantes. Le produit est donc encore très loin d’être achevé.

 

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Le logo de Magic Leap

En effet, Rony Abovitz, le CEO de Magic Leap, confesse que les démos impressionnantes diffusées par la startup ces dernières années, induisaient en erreur, puisque la vidéo « Just another day in the office at Magic Leap » avait été réalisée entièrement par l’entreprise spécialisée dans les effets spéciaux, Weta Workshop. Finalement, ces vidéos reflètent plus l’ambition (démesurée ? ) de Magic Leap, qu’un avant-goût de ses futurs produits….quand elles ne sont pas utilisée à des fins de recrutements. C’est le cas de l’une d’entre elle, où l’on voit le porteur de casque interagir avec des hologrammes situés sur son bureau, le texte joint à la vidéo nous informant que ce genre de jeu est monnaie courante chez Magic Leap. Or, il n’a jamais existé et n’existera vraisemblablement jamais sous cette forme puisque les effets spéciaux ont été ajouté à la vidéo grâce au même Weta Workshop. En définitive, Magic Leap n’aurait jamais développé une telle technologie.

Si le recours aux effets spéciaux pour la démonstration de produit est assez fréquente, Magic Leap est soupçonnée d’entretenir volontairement la confusion pour répondre à des fins marketing.

Le syndrome d’hypercomplexification de la Silicon Valley

Pour comprendre véritablement l’engouement pour Magic Leap, il faut également comprendre le raz de marée qui déferle actuellement sur l’industrie de la Tech toute entière. Tous les acteurs majeurs du secteur, que ce soit Facebook, Google, Apple, Amazon, Microsoft, Sony ainsi que Samsung, possèdent des groupes dédiés à la réalité artificielle. Ils engagent davantage d’ingénieurs chaque jour (Facebook dispose de 400 employés qui travaillent sur la VR). Les entreprises et les investisseurs injectent des millions dans des technologies disruptives qui promettent de radicalement changer la santé, les transports, la monnaie elle-même.

Cela donne lieu à une course effrénée aux promesses de technologies révolutionnaires que les entreprises ne pourront pas forcément délivrer. Elles ont ainsi trop souvent recours à la surenchère de produits révolutionnaires. Cette tendance a été le moteur des entreprises de la Silicon Valley durant l’année 2016. Les objets de nos rêves, voitures volantes, drones livreurs,colonies spatiales tardent pourtant à se matérialiser, même si on constate des progrès dans certains secteurs. Les hypes deviennent difficile à assumer et à supporter pour les entreprises en terme de coût et de temps. Peter Thiel, pourtant l’un des premiers actionnaires de Facebook, déclarait lui-même « On rêvait de voitures volantes et on a eu 140 caractères ».

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La réalité virtuelle vue par la série Black Mirror

Face à un futur et à des consommateurs impatients, la folie des grandeurs s’empare du marché et des gourous de la Silicon Valley. Dans leur promesse, ils abolissent le temps pourtant nécessaire pour amener ces innovations sur le marché pour promettre la révolution technologique qui nous fera faire un bond en avant ici et tout de suite. Les entreprises de la Silicon Valley ont désormais cette tendance à proposer des produits extrêmement complexes qui deviennent la plupart du temps extrêmement inachevés.

Sur le court terme, quand de telles promesses ne se matérialisent pas, les entreprises perdent la face et les investisseurs perdent de l’argent.Sur le long terme, cela peut saper les marchés, voire les abattre en détruisant la capacité des investisseurs de discerner le réel du faux. 

1 commentaire

  1. Photo du profil de Co-Boy Technologies
    30 janvier 2017, 14 h 42 min   / 

    Excellent article sur le retour du concret !
    D’un autre coté quand on présente un projet faisable, qui incrémente intelligemment un marché sans promettre le ciel, les investisseurs répondent que ça ne fait pas assez rêver….

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