La renaissance du Vinyle : étude d’un paradoxe

La renaissance du Vinyle : étude d’un paradoxe

Avec l’arrivée du CD à la fin des années 1980, l’avenir des galettes noires semblait s’inscrire en pointillés, destinées à n’être qu’une lubie de collectionneur, prenant la poussière à côté des tourne-disques d’antan. L’arrivée du streaming musicale avec des géants tels que Spotify, Soundcloud et Deezer devait définitivement tourner la page. Et pourtant… le vinyle renaît de ses cendres contre toutes attentes. Le bon vieux disque à microsillons fait de la résistance jusqu’à devenir un objet Hype, dans l’air du temps, aussi paradoxal que cela puisse paraître.

 

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La scène culte du dealer de Vinyle dans le film Human Traffic

Un essor impressionnant des ventes

Un rapport économique de la Recording Industry Association of America (RIAA) a révélé que la vente de vinyle rapportait plus d’argent en 2015 que les revenus publicitaires du streaming, information déconcertante mais véridique. Pour citer l’ampleur du phénomène, on peut prendre l’exemple de la célèbre chaîne de magasins de disques britannique HMV qui a vendu une platine par minute. Réalité ou légende urbaine, les ventes de vinyles ont bondi de 64% l’an passé au Royaume-Uni, dépassant les 2 millions d’unités. En France aussi le vinyle s’offre aussi une seconde jeunesse : les ventes physiques de musique ont baissé de 15,9% l’an dernier, mais celles de vinyles ont augmenté de 11,6%. En l’espace de trois ans, elles ont doublé pour atteindre 750 000 unités, selon les chiffres présentés par le Snep, le syndicat des maisons de disques.

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Les chiffres de l’année 2015 côtoient même ceux de l’âge d’or du vinyle, atteints en 1989, selon CNBC. Le dernier pic de ventes de 33 tours, remonte à 25 ans pour un total de 35 millions de disques vendus.

Décryptage d’une résurrection

C’est l’histoire d’un paradoxe qui relève presque du domaine de la science-fiction. Le CD a disparu de la circulation. Pas le vinyle. Et le plus étonnant, c’est qu’il le doit principalement aux moins de 25 ans…qui n’ont pourtant jamais connu son âge d’or. Selon Musiwatch, la moitié (47%) des acheteurs de vinyles ont entre 13 et 25 ans, génération plus proche pourtant du DVD que du vieux disque grésillant à la moindre poussière (du moins auparavant).

Comment comprendre ce regain d’intérêt pour cette génération ?

Plusieurs choses l’expliquent. On peut voir l’achat de Vinyle comme un moyen de se réapproprier la musique. A la différence du Mp3 ou des plateformes de musique, il faut consacrer du temps à l’écoute musicale compte tenu des contraintes (sortir le disque de la pochette, le changer). La musique n’est plus réduite à un simple bruit de fond, consommée de la même manière que n’importe quel autre produit, ce qui lui redonne du sens. Le vinyle ne se cantonne pas à un simple format, c’est aussi un rituel.

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Comme le souligne Joshua Friedlander de la RIAA, interrogé par CNBC, c’est aussi le fait de posséder un objet qui attire les consommateurs : “Dans une époque de plus en plus numérique, les disques vinyles apportent une connexion plus profonde avec la musique et plus tactile, qui résonnent chez les plus grands fans”. On peut donc y voir là une réponse à la dématérialisation qui est à l’œuvre dans la plupart des secteurs. Pour le président du Snep, Stéphane Le Tavernier, également patron de Sony Music France, la renaissance du vinyle montre l’attachement émotionnel à la musique : posséder un vinyle c’est comme posséder une partie d’un artiste. L’aspect graphique du vinyle, dont les pochettes frôlent l’œuvre d’art dans certains cas, donnent le sentiment d’être en possession d’un objet spécial, porteur d’une histoire. Il constitue en cela un excellent cadeau pour un proche, d’où la multiplication des offres promotionnelles sur le site d’Amazon.

Les acteurs du Vinyle

Ce retour en grande pompes du microsillon a relancé les salons de collection qui doivent maintenant faire aux sites de vente en ligne, et particulièrement à l’incontournable Discogs. Fondé par le DJ et programmateur Kevin Lewandowski, ce site était à l’origine une base de données sur la musique électronique. Désormais, Discogs est devenu une véritable encyclopédie en ligne, sorte de Wikipédia du vinyle compilant les informations sur les disques de 4,5 millions d’artistes, utilisée par 3 millions de personnes. Discogs se rémunère par le biais d’une commission (plafonnée à 130 euros) de 8 % sur les ventes. L’arrivée d’un tel acteur a bouleversé les règles du jeu, les prix pratiqués sur le site s’imposant sur le marché.

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Vinyle désigné par Andy Warhol

En 2015, son chiffre d’affaires a frôlé les 90 millions d’euros. La société, a récemment ouvert deux sites satellites :

Gearogs, qui a pour vocation de lister tout ce qui permet de capturer, amplifier, mixer et reproduire de l’audio (10 000 platines et synthé sont déjà recensés).

VinylHub, dédié aux magasins de disques et aux conventions. A ce jour, il concentre les informations de 5 000 boutiques ainsi qu’une centaine de manifestations vinyliques.

De jeunes startups ambitionnent elles aussi de surfer sur la vague du succès du vinyle. Et elles ne manquent pas d’imagination ni d’ambition. C’est le cas de Vinyl IT, plateforme lancée en 2014 par Pierre Creff, un jeune diplômé de l’ESC Grenoble et Clément Guillot, Vinyl It. Le service proposé permet de sélectionner vos chansons, visuels ainsi que pochettes pour faire votre propre mix pour un prix fixé à 40 euros. Cette offre répond à une véritable demande puisque durant la décadence des galettes noires, de nombreux albums sont sortis sans tirage vinyle. Une hérésie pour les amoureux des platines.

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Diggers Factory tire également son épingle du jeu. Retenez bien ce nom car cette plateforme révolutionna sans doute la commande de vinyles. Cette startup permet de mettre fin aux réticences des artistes et labels d’éditer leur EPs ou albums sous le format Vinyle faute de moyens financiers ou par peur d’avoir les bras encombrés par les microsillons invendus. L’équipe de Diggers Factory semble en effet avoir trouvé la solution. L’artiste est invité a partagé son projet d’album ou d’EP sur la plateforme depuis laquelle les utilisateurs peuvent précommander les potentiels vinyles. Si le nombre de précommandes est suffisant, la production physique des vinyles est alors lancée et les utilisateurs reçoivent leur achat quelques jours après directement chez eux. Ce système permet aux artistes de se garder d’avancer l’argent puisqu’ils peuvent évaluer la commande avec précision. Ils récupèrent ainsi l’argent en amont et ne se retrouve pas confrontés à l’éventualité d’invendus.

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